Par Xinyi Zhou

 

Le 8 septembre dernier, j’ai eu la chance de rencontrer des musiciens de l’Orchestre de Jeux Vidéo (OJV) durant une séance préparatoire de leur nouveau concert consacré à la musique des films du Seigneur des Anneaux, dont mon collègue Adario vous prépare un compte rendu, puisqu’il a assisté à ce spectacle hier soir en compagnie d’autres membres de l’équipe des Horizons imaginaires!

 

Pour ceux et celles qui ne le connaîtraient pas, l’OJV se spécialise dans la musique de jeux vidéo, avec quelques incursions dans les univers musicaux d’oeuvres associées à la culture geek. L’orchestre a été fondé en 2008, et compte près d’une cinquantaine de musiciens, tous sous la direction de Jonathan Dagenais, le directeur musical de l’ensemble. Ces dernières années, ils ont établi un riche répertoire, qui contient des pièces tirées de multiples univers de jeux vidéos, comme The Legend of Zelda, Kingdom Hearts, Final Fantasy ou Super Mario!

 

C’est donc avec mon enregistreur dans la main que j’arrive au Collège Notre-Dame, juste en face de l’oratoire Saint-Joseph, pour interviewer certains musiciens et voir comment se déroule leur répétition. Et malgré les apparences peut-être austères de l’école privée, mon petit sentiment de malaise s’évapore rapidement, une fois que je rencontre les musiciens de l’ensemble!

 


 

Crédit : Xinyi Zhou

 

Xinyi : Bon, commençons par les petites formalités: pouvez-vous me dire votre nom et votre rôle dans l’orchestre?

 

Samuel : Samuel Hébert, trompettiste.

 

My-Lan : Moi, c’est My-Lan Vu, je suis bassoniste!

 

Maude : Et moi, c’est Maude Michaud-Cheney. Je suis clarinettiste.

 

Xinyi : En ce qui concerne votre concert à venir, normalement, vous faites de la musique de jeux vidéos, mais maintenant, vous vous préparez à jouer la musique des films Lord of the Ring, n’est-ce pas? Pourquoi Lord of the Ring spécifiquement?

 

My-Lan : Les partitions étaient plus faciles d’accès!

 

(Rires)

 

Samuel : C’est ça! L’arrangement était déjà construit. Donc, par le plus pur des hasards, on est tombés sur cet arrangement, auquel on a eu accès, et on a bâti la thématique du spectacle autour de l’arrangement qui nous était accessible.

 

Xinyi : Émilie La Boissière [NDLR l’une des flûtistes et des administratrices de l’ensemble] m’a dit que ça fait environ huit ans que l’orchestre fait ce genre de musique. Pourriez-vous me dire quelles autres performances de jeux vidéos vous avez faites?

 

My-Lan : On a fait un concert « Nintendo 64 », un sur les RPGs… On a fait plusieurs concerts comme ça, ouais!

 

Samuel : On a fait un concert Zelda, on a fait un concert Mario: on a pas mal touché à tout ce qui s’est fait!

 

Xinyi : Avez-vous performé ailleurs qu’à Montréal?

 

My-Lan : Oui, l’an passé, justement, on est allés à Québec!

 

Xinyi : Oh! c’était comment? Est-ce que c’était différent de Montréal?

 

Samuel : La foule était différente: c’est certain que Montréal est un peu un havre de culture geek! À Québec, c’est un peu moins le cas. Il y a certainement une culture geek qui est présente, sur place, mais elle n’est pas aussi… pas aussi présente!

 

My-Lan : Moi, je les trouvais énergiques, mais plus polis!

 

Maude : Comparés aux spectateurs de Montréal, ceux de Québec restaient assis là, ils nous écoutaient et appréciaient la musique. On voyait leur sourire sur leur visage. Mais à Montréal, quand ils reconnaissent un thème, une chanson, ils se mettent à crier «Hé! C’est ça!». C’est une ambiance différente, je dirais!

 

Xinyi : C’était un peu trop gentil, à Québec?

 

My-Lan : En même temps, il y avait deux fois moins de spectateurs à Québec qu’à Montréal… parce que la salle était deux fois plus petite!

 

Xinyi : Ça explique sûrement pourquoi! Sinon, avez-vous aussi de la famille qui vient à vos concerts de temps en temps?

 

Samuel : De temps à temps, pas toujours! Personnellement, c’est ma cinquième année, donc ils ne viennent pas chaque fois. Ils viennent à ce concert-ci par contre.

 

My-Lan : Ha! Dans mon cas, je suis nouvelle, alors ils ne viennent pas encore!

 

(Rires)

 

Xinyi : Est-ce que vous aimez leur parler d’imaginaire? De ce que vous faites? Est-ce qu’eux aussi, ils aiment les jeux vidéos?

 

My-Lan : Ma famille, non!

 

Maude : Non, mais… à la limite, mon frère et mon copain, oui. Mais pas mes parents: ils sont un peu moins, euh…

 

Samuel : Justement, la raison pour laquelle ils viennent à ce concert-ci, c’est parce que ce n’est pas de la musique de jeux vidéos à priori, mais bien celle du Seigneur des Anneaux, que ma famille au complet connaît et apprécie. Donc, c’est une occasion pour sortir, sinon c’est avec mes frères et sœurs généralement. Normalement, la musique qu’on fait, ça semble moins faire partie de ce qu’aime la génération de mes parents.

 

Crédit : Xinyi Zhou

 

Xinyi : Qu’est-ce qui vous a poussé à rejoindre ce groupe?

 

Maude : Moi, c’est parce que j’adore la musique de jeu vidéo, en particulier Zelda. On commence tous avec un jeu vidéo dont on adore la musique, que l’on n’arrête pas d’écouter. En tout cas, c’est vraiment ça qui m’a attirée vers l’orchestre. J’ai appris que l’Orchestre de Jeux Vidéo existait, et mon côté geek a fait «PARTICIPE»!

 

Samuel : On se sent plus connectés avec la musique en tant que telle. Ce n’est pas juste de la musique qu’on performe. C’est de la musique qu’on performe parce qu’on veut la performer, parce que c’est quelque chose qu’on connaît. Alors, on reconnaît les thèmes, et ça nous motive davantage à jouer cette musique-là.

Maude : Et je pense que c’est aussi ça qui a poussé les fondateurs à créer l’orchestre.

 

Xinyi : Mis à part la musique de jeu vidéo, est-ce qu’il y a d’autres genres auxquels vous vous intéressez?

 

Samuel : Moi, je suis un gars de jazz à priori; je suis entré dans l’orchestre parce qu’il y avait du jazz. Ça connecte un peu tout, la musique de jeu vidéo, c’est assez éclectique. Ce n’est pas juste de la musique classique, pas juste de la musique jazz, pas juste de la musique de monde. C’est un peu tout!

 

My-Lan : En tant que bassoniste, mon répertoire se limite surtout au répertoire classique. Donc je joue souvent du classique, et c’est fun de jouer de la musique de jeu vidéo, puisque c’est très varié comparé à la musique classique.

 

Maude : Moi, j’étudie présentement en classique et en jazz, alors c’est sûr que ce sont deux types de musique qui m’attirent. Mais j’aime aussi le côté plus populaire de la musique de jeu vidéo, et le côté peut-être pas rock mais… oui, rock! J’aime beaucoup le côté rock! Et comme les deux autres l’ont dit, ça rejoint pas mal tous les styles, y compris la musique plus populaire et le rock.

 

Xinyi : Aussi, finalement, trouvez-vous que ce que vous faites, ça permet de connecter les générations? Comme vos parents: petit à petit, si vous leur faites entendre votre musique, ils devraient apprendre à l’apprécier, non?

 

Samuel : Oui, la musique de jeu vidéo, ce n’est pas un genre, c’est une esthétique, c’est un contexte. Alors, oui, il y en a pour tout le monde!

 

Xinyi : Et à l’OJV, est-ce que vous avez le droit de décider un peu de la musique que vous allez jouer?

 

Samuel : Oui, c’est 100% démocratique! On fait des assemblées. Il y en a deux: une pour déterminer la thématique générale et ensuite, une autre assemblée populaire pour décider le répertoire – ça peut prendre trois ou quatre heures! À plusieurs personnes avec des opinions différentes, c’est difficile d’arriver à un consensus!

 

Xinyi : J’imagine! Parce que tout le monde a des goûts vraiment différents?

 

My-Lan : Pas tant différents

 

Samuel : C’est qu’on veut tout faire! Nous sommes tous des gens qui ont joué à des jeux différents, à des types de jeux différents. Donc, bien entendu, on va vouloir que ces musiques-là soient mises en valeur. Mais il faut faire des compromis, alors c’est pour ça qu’on fait ça.

 

Xinyi : On a brièvement touché à ce sujet plus tôt, mais j’aimerais creuser le sujet: pourquoi voulez-vous montrer votre passion pour les jeux vidéos à Montréal spécifiquement?

 

Samuel : Ha! Je viens de la Rive-Sud, et il ne se passe pas grand-chose en termes de geek, donc lorsque j’ai décidé d’entreprendre des études supérieures en musique, bien entendu, c’est à Montréal que ça se passe. J’avais le choix d’aller à Drummondville ou à Montréal, et je me suis dit «le night life à Montréal, c’est quelque chose qu’il n’y a pas ailleurs». Il y en a un peu à Sherbrooke, apparemment, mais moi, je recherche l’accessibilité à tout moment de l’année.

 

My-Lan : Pour moi, en tant que musicienne, l’important c’est de transmettre mon amour au public. Et j’ai l’impression que la musique de jeu vidéo rejoint plus facilement les gens.

 

Maude : (rires) Elle l’a dit! Ma façon de le dire, ce serait plutôt que la culture geek, c’est quand même assez ouvert à tous. C’est ça que j’aime avec cette culture. C’est pour ça que je veux faire ça à Montréal.

 

Crédit : Xinyi Zhou

 

Xinyi : Ça rejoint les valeurs de Montréal aussi, j’imagine? La diversité, par exemple?

 

Maude : C’est ça, diversité et culture!

 

Xinyi : Pour conclure, avez-vous des petits conseils à donner à des jeunes qui en sont à leurs premiers pas dans le monde de la musique?

 

Samuel : Joue ce que tu veux jouer! Si tu veux être intéressé par la musique, fais quelque chose qui te tente! Ne fais pas juste de la musique pour les autres. En somme, la musique doit rester une passion!

 

My-Lan : Aie du fun! Si je n’avais plus de fun, je ne verrais plus l’intérêt de continuer.

 

Maude : C’est aussi d’y aller avec de la variation. Une fois que tu fais trop d’une chose, finalement, tu finis par être tanné. Il faut essayer de découvrir le plus possible le monde de la musique, puisque ça ne s’arrête pas au classique, ni au jazz, ni à la pop. Comme moi, à la clarinette, je fais autant de jazz que de la pop, alors il ne faut pas avoir peur d’essayer de nouveaux genres!

 

Xinyi : Super! Merci beaucoup pour ces conseils et  pour votre temps! Au nom de l’équipe des Horizons imaginaires, on souhaite un excellent concert à vos nombreux spectateurs et à vous, je vous dis «merde!» pour le 22 et le 23 septembre!

 

Révision: Mathieu Lauzon-Dicso

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