Le roman noir est-il prophétique ? Andrée A. Michaud et Olivier Cielchelski tentent de répondre
Le samedi 25 avril, lors du Festival littéraire international Metropolis Bleu 2026, dans la salle Jardin de l’Hôtel 10, quelques curieux étaient rassemblés pour la Conversation entre Andrée A. Michaud et Olivier Cielchelski ; le roman noir est-il prophétique ? L’idée était de se questionner quant au rôle du roman noir et du polar dans l’anticipation d’actions futures et de changements dans notre société. La discussion, animée par Elsa Pépin (finaliste du Prix des Horizons imaginaires en 2023), a tourné court lorsque les deux panélistes Andrée A. Michaud et Olivier Ciechelski se sont rapidement mis d’accord sur la question.
En effet, les deux auteurs présents pour aborder le sujet se sont vite rangés du même côté ; le roman noir n’est pas prophétique. Il n’est qu’un genre littéraire parmi tant d’autres qui permet d’évoquer de façon très efficace les failles de la société et le côté sombre de l’être humain.
Soulever des enjeux déjà présents dans la société
Andrée A. Michaud explique que, dans son cas, les problématiques évoquées dans ses livres et les comportements de ses personnages ne prédisent rien. L’écrivaine pense que les pulsions malsaines ou dangereuses qui caractérisent la psychologie de ses personnages, définies comme « le Mal avec un grand M », sont fatalement présente à l’intérieur de n’importe quel individu, et que cela n’a rien d’une anticipation. Elle ajoute que, entre autres, dans son roman Baignades, les protagonistes commettent des crimes notamment sous la pression de circonstances indépendantes de leur contrôle, évoquant ainsi une forme de folie intérieure apparue grâce à « un mécanisme du hasard ».
Olivier Ciechelski s’est montré d’accord avec elle. Selon lui, le roman noir est simplement « un regard lucide sur les êtres humains ». Il ajoute que les dynamiques complexes mises en scène dans ce genre de littérature ont toujours existé et existeront encore. Il s’agit « d’un simple constat et d’une mise [à] jour de la défaillance sociale ». Autrement dit, cela permet de faire ressortir la cruauté des humains envers leur pairs et de tenter de créer un sens à partir du chaos.

L’importance de la peur du Mal avec un grand M
Bien que le roman noir adopte volontairement un ton et une ambiance plus sombre, selon les deux participants, il n’est pas dissemblable aux autres genres littéraires. La seule différence significative est qu’il se construit autour d’une atmosphère de peur.
Dans les romans d’Andrée A. Michaud, c’est le sentiment de peur pour soi qui pousse les personnages à agir irrationnellement, faisant basculer leur vie de manière imprévisible. Cette peur, pourtant, n’est créée qu’à cause de circonstances particulières considérées ou perçues comme moralement complexes ou inacceptables. En d’autres mots, pour elle, le concept de Mal est créé par le regard des autres, ou une structure sociale. En être témoin ou y participer (souvent de façon involontaire) est ce qui plonge un individu dans une détresse morale parce qu’il se retrouve confronté à ses démons intérieurs et au regard de la société (qui est souvent lui-même le créateur de ces démons). C’est ce qui arrive aux protagonistes de son roman Baignades.
Selon Olivier Ciechelski, cette opposition peut prendre des formes diverses. L’auteur a évoqué comme exemple la protagoniste de son roman Le livre des prodiges, qui est confrontée à un conflit de croyances et à la dynamique de domination/soumission produite par le sentiment de peur. Il ajoute aussi l’importance parfois de faire intervenir l’entité du Mal, à la fois métamorphe et abstraite, sous les traits d’un antagoniste purement méchant. Pour lui, ce type de figure est nécessaire, car elle sert de jauge pour mesurer la conscience morale des autres personnages. Cela fait partie de ce qu’il aime dans l’écriture du polar.
Cette année, la littérature de l’imaginaire n’a pas été beaucoup mise en valeur au Festival Metropolis Bleu. Cependant, la programmation diversifiée du festival n’a laissé personne sur sa faim et chacune des conférences, des discussions, des ateliers ou encore des remises de prix avaient leur raison d’être.


