Par Daphnée Lopresti et Sabina Roman

 

Nous entamons aujourd’hui une série d’entrevues avec quatre auteurs du milieu de la SFFQ qui ont bien connu Joël Champetier, tour à tour comme auteur, directeur littéraire et ami. Pour les étudiants qui forment l’équipe du blogue culturel des Horizons imaginaires, ces entrevues nous ont permis de découvrir un nouvel auteur sous un angle plus intime, et nous espérons qu’elles vous seront aussi agréables à lire qu’elles l’ont été à faire. C’est tout un honneur de pouvoir rendre compte de l’importance de Joël Champetier dans le milieu littéraire québécois, à travers les mots de gens qui l’ont côtoyé et admiré, et qui reconnaissent son travail à sa juste et grande valeur.

 

Dans cette première entrevue, l’écrivaine Ariane Gélinas nous a confié les souvenirs qu’elle conserve de ses rencontres avec Joël Champetier.

 

Pourriez-vous vous présenter en quelques mots pour ceux et celles qui, parmi nos lecteurs, ne vous connaissent pas déjà?

 

Auteure de romans et de nouvelles (fantastique, science-fiction, noir…), je travaille entre autres pour plusieurs périodiques : Brins d’éternité (coéditrice et directrice artistique), Le Sabord (directrice littéraire), Les Libraires (chroniqueuse) et Lettres québécoises (critique).

 

 

Dans quel contexte avez-vous rencontré Joël Champetier la première fois?

 

J’ai rencontré Joël au tout début de mon parcours littéraire professionnel. En 2004-2005, j’ai en effet commencé à participer au congrès Boréal, où j’ai eu l’occasion de faire sa connaissance. Sympathique, chaleureux et accueillant, Joël était toujours prêt à offrir du temps aux aspirants auteurs (j’avais à l’époque 20-21 ans et pratiquement aucune publication!). Par la suite, j’ai soumis quelques nouvelles à Solaris, jusqu’à ce que Joël accepte en 2008 la première d’entre elles, « Zeitnot ». C’était ma toute première parution dans une revue professionnelle. J’avais alors 23 ans. Nous avons échangé bon nombre de courriels au cours de la direction littéraire de ce texte, ce qui nous a rapprochés. Joël m’a donné des conseils de réécriture précieux (sur la focalisation, par exemple), que je n’ai jamais cessé d’employer dans ma pratique d’écriture.

 

On nous parle souvent de la grande générosité de Joël Champetier et de son ouverture envers les jeunes auteurs; en quoi cela a-t-il contribué à l’essor de la littérature d’ici?

 

Son ouverture envers les écrivains en général, jeunes auteurs y compris, était palpable. Il prenait le temps de détailler les refus qu’il envoyait, dans le cadre de ses fonctions chez Solaris. Et c’était pourtant une tâche colossale, avec les centaines de nouvelles soumises chaque année au magazine! Mais Joël était travaillant, minutieux et humain. Jusqu’à que la leucémie l’emporte, il n’a cessé d’aider les auteurs et les gens autour de lui. Je me souviens qu’il faisait de la direction littéraire sur son lit d’hôpital, dans une chambre d’isolement. Il nous avait alors répondu, à Frédérick (Durand, mon amoureux) et moi, que faire de la direction littéraire lui changeait les idées! C’est dire l’implication de Joël, sa dévotion pour les littératures de l’imaginaire. De plus, c’était l’un des rares écrivains québécois à pratiquer avec un bonheur égal le fantastique, la science-fiction et la fantasy. En cela, il est unique et a contribué à l’essor de la littérature d’ici.

 

Crédit photo : Ariane Gélinas

 

Laquelle des qualités de Joël Champetier devrait-on le plus se rappeler et perpétuer dans la prochaine génération d’auteurs, selon vous?

 

Comment en choisir une seule? Joël était quelqu’un d’authentique, pourvu d’une passion communicative et d’une rigueur manifeste dans sa tâche de directeur littéraire. Il a su donner à Solaris une identité unique, développer auprès des auteurs avec qui il travaillait des techniques d’écriture amenées à perdurer. La génération à laquelle j’appartiens (les 30-40 ans), qui a eu l’honneur de faire ses « premières armes » avec lui, perpétue déjà son legs… Et elle le transmettra forcément à la prochaine cohorte d’auteurs.

 

De quelle façon, d’après vous, l’héritage littéraire de Joël Champetier rayonne-t-il le mieux actuellement? Y aurait-il quelque chose à faire pour que son rayonnement persiste dans le futur?

 

L’héritage de Joël rayonne à mon avis dans le large éventail des genres littéraires qu’il a abordés. Le film La peau blanche, adapté de son roman, a de surcroît contribué à la diffusion de ses écrits. Il serait souhaitable que d’autres de ses livres soient portés au grand écran, sans compter que son lectorat mériterait de croître. À l’instar de beaucoup de gens humbles, Joël et son œuvre demeurent discrets et gagnent à être davantage connus. La soirée coorganisée par Hommage Visionnaire et les Horizons imaginaires est d’autant plus essentielle pour faire connaître l’œuvre d’un écrivain important à la personnalité modeste, qui n’aimait pas se mettre à l’avant-scène (ce qui est souvent la marque des grands). Je me rappelle d’ailleurs certains moments où, avant une prise de parole en public, Joël, perfectionniste, doutait de lui, exprimait ses appréhensions de ne pas être à la hauteur devant son auditoire. Et pourtant, son talent était immense. La marque des grands, encore.

 

Crédit photo : Charles Mohapel

 

Quelle œuvre de Joël Champetier recommanderiez-vous le plus à un nouveau lecteur, en particulier à un cégépien?

 

En guise d’introduction à l’œuvre de Joël, je suggérerais La mémoire du lac, un roman fantastique court mais saisissant. Le cadre de l’Abitibi-Témiscamingue est particulièrement bien intégré dans ce récit dont le suspense ne tarit jamais. C’est une bonne porte d’entrée pour garder vive la mémoire d’un écrivain disparu beaucoup trop tôt. Il me manque.

 

Crédit photo : Charles Mohapel

 

Révision : Mathieu Lauzon-Dicso