Par Daphnée Lopresti

 

«Êtes-vous certains d’être bien assis? Tous bien certains? C’est que je ne voudrais pas que quelqu’un soit trop secoué par le vif retour en arrière dans lequel je m’apprête à vous emporter! Mon histoire commence il y a très, très longtemps… Tout débute avec un petit garçon nommé Pierre, qui habitait à Saint-Alphonse-Rodriguez, dans la région de Lanaudière…» Ainsi commence ma version de l’histoire de la fondation du camp de vacances adapté où j’ai eu la chance de travailler cet été, le Camp Papillon, telle que je l’ai racontée aux différents groupes de campeurs. La suite de l’histoire met en scène une vilaine sorcière, des bonbons aux patates et une belle dose de persévérance, pour la plus grande joie des aventuriers en herbe du camp. C’est qu’au Camp Papillon, la magie se cache partout; dans les sourires qui se dessinent sur les visages de tout le monde, sous les feuilles du petit jardin que l’on voit s’épanouir au fil de l’été et même entre deux refrains de chansons à répondre. Comme l’explique si bien le site web du camp, «un enfant handicapé est un enfant comme les autres, avec des besoins, des limites et des promesses qui lui sont propres.»[1] Des enfants aux adultes qui y séjournent, chaque campeur est unique et amène son brin de fantaisie au camp! En tant que responsable des activités, j’ai été tour à tour actrice, animatrice, auteure-compositrice-interprète, designer de costumes et de décors, conteuse, scénariste et instigatrice de chasses au trésor. Grâce à un travail d’équipe digne de celui de Harry, Ron et Hermione, les moniteurs et moi avons repoussé les limites de notre imagination pour faire découvrir et vivre la «magie Papillon»!

 

Crédit photo : Société pour les Enfants Handicapés du Québec (SEHQ)

 

J’ai toujours cru qu’il était horriblement difficile d’inventer une histoire qui tienne la route. Il me semblait qu’une sorte de magie noire se cachait derrière tout ça, ou peut-être un nombre incalculable d’heures de travail derrière tous ces détails qui concordent et ces fils qui se lient pour se dénouer seulement à la fin. Pourtant, j’ai rapidement réalisé que les possibilités étaient infinies et à portée de main. Pour chaque séjour, les autres animateurs et moi avons imaginé une trame narrative, parfois au fur et à mesure qu’elle se déroulait, à laquelle nous rattachions avec originalité toutes les activités spéciales que nous voulions proposer aux campeurs! Le monde éclaté d’Histoire de jouets, notre grande source d’inspiration cet été, nous a permis d’inventer une infinité de scénarios, et ce, sans vraiment nous imposer de limite créative. Nous avons pu nous réapproprier, le temps de jeux estivaux, la saveur des films de la série, et les adapter à la sauce Papillon. Mieux encore, nous nous sommes glissés dans la peau des personnages des films pour faire vivre toutes sortes d’aventures aux campeurs: course de chevaux avec Woody et Jessie, kidnapping de la Bergère (!), entraînement militaire avec la troupe de petits soldats, voilà autant de moments forts et de jeux qui ont stimulé l’imaginaire des campeurs et qui ont rendu le camp si vivant tout l’été! Évidemment, nous avons eu quelques ratés… Disons simplement que devoir improviser une heure d’animation à partir de rien, parce que le film que nous avions prévu présenter refuse de fonctionner, c’est long, très, très long…

 

Petit truc d’animatrice: pour antagoniser un personnage, il suffit de raconter à la ronde qu’il a essayé de voler les desserts de tout le monde! Rien de plus simple pour démarrer subitement une animation ou un jeu!

 

Une de nos plus belles réussites a été une partie de commando géante dans laquelle nous avons réussi à impliquer tous les campeurs et moniteurs! Les joueurs devaient aller récupérer des petits canards qu’il fallait à tout prix protéger! Les participants entraient au cœur même de notre histoire, sans y trouver rien à redire! Déguisée en Jessie, la célèbre cowgirl rousse, j’ai vécu de magnifiques moments de pur chaos et d’aventure pour accomplir la quête qui nous avait été confiée. Cette activité m’a véritablement impressionnée, puisque l’esprit d’équipe que nous avions démontré pour l’organiser a été plus fort que tout ce que j’avais ressenti auparavant.

 

J’ai aussi appris à raconter des histoires inédites au fur et à mesure; bref, je crois avoir un peu goûté à ce que savourent les conteurs modernes lorsqu’ils performent devant un public! Que ce soit avant le coucher, pendant un long tour d’autobus ou autour d’un feu, tout le monde aime écouter une bonne histoire. Surtout si elle contient des éléments visiblement inspirés par la vie au camp et qu’elle interpelle directement les campeurs! Je me suis rapidement rendu compte que mon bagage de lectrice, qui se base sur des dizaines (voire des centaines?) d’œuvres fantastiques que j’ai eu la chance de lire ou voir dans ma vie, était un sérieux atout. Ces archives personnelles ont été pour moi comme une banque d’idées, comme une source pratiquement inépuisable d’histoires et de péripéties. J’ai notamment adapté certaines des histoires abracadabrantes de Hinzelmann, un personnage du roman American Gods de Neil Gaiman. J’ai aussi mis à profit toutes mes connaissances sur les lutins et les créatures magiques.

 

Petite anecdote à ce sujet: un jeune garçon de mon dernier groupe de l’été était complètement fasciné par un petit tipi que nous avions fabriqué pour les lutins de la forêt. Il nous a posé des questions en rafale sur ces petits êtres magiques durant plus d’une heure! Il avait une nouvelle question pour nous entre chaque bouchée de son repas du midi! Nous avons dû faire preuve d’un étonnant sens de l’improvisation pour satisfaire sa curiosité qui rivalisait avec celle d’Alice au pays des merveilles. Et j’ose croire que nous avons marqué son imaginaire pour longtemps…

 

Cependant, l’œuvre ultime, mon passe-partout infaillible lorsqu’il s’agissait d’inventer de nouvelles histoires, a sans aucun doute été la série Bobby Pendragon de D. J. MacHale. Avec cette série, MacHale a créé non pas un, ni deux, ni trois, ni quatre… mais bien sept territoires différents, chacun avec ses particularités géographiques, fauniques et culturelles uniques. Cette série me passionnait quand j’étais plus jeune, car elle combine les mystères d’univers parallèles, la fougue de l’aventure et la force du travail d’équipe. Dans un épique combat qui oppose les forces du bien à celles du mal, Bobby Pendragon et ses nouveaux amis, les Voyageurs, explorent des univers improbables. La série réussit à faire tenir entre les pages de ses dix épais tomes toutes les sortes de combats, de dilemmes et de trahisons possibles et imaginables. C’est donc de cette série à l’imaginaire débordant que je me suis le plus inspirée. Je suis même allée jusqu’à en raconter le tome 2 en entier, à ma façon, en me servant notamment d’une trousse sensorielle (savon, morceau d’épinette, bonbons et bien d’autres mystérieux artefacts…), ce qui m’a permis d’adapter l’activité aux groupes avec lesquels la communication était plus difficile.

 

Crédit photo : Daphnée Lopresti

 

Bref, vous vous en rendez sûrement bien compte, que ce soit lors de leur visite à la convention Otakuthon (voir le compte rendu général et les impressions à chaud du vendredi, du samedi et du dimanche que mes collègues ont publiés), au bord de la mer ou en colonie de vacances, les rédacteurs des Horizons imaginaires ont passé un été très chargé. Nous en avons tout particulièrement profité pour lâcher la bride à notre imagination et participer à mille et une activités en lien avec les cultures de l’imaginaire!

 

Et vous, lecteurs des Horizons imaginaires, quels souvenirs gardez-vous de votre été 2017? Quelles lectures ont marqué votre saison estivale maintenant malheureusement terminée?

 

Si vous souhaitez avoir de l’information sur le Camp Papillon, je vous invite à aller jeter un coup d’œil à son site Web

 

[1] Section «Mission et Histoire» du site de la Société pour les Enfants Handicapés du Québec (SEHQ)

 


 

[box]Incollable lorsqu’il est question de superhéros ou de Harry Potter, Daphnée s’intéresse à tout ce qui se lit, avec une préférence marquée pour les personnages attachants et les explosions. Vous la surprendrez probablement à combiner maths, arts et féminisme pour se plaindre des ratios homme-femme ridicules que l’on retrouve dans beaucoup trop d’oeuvres ou à manger du pop corn en suivant le débat dans les commentaires d’un article qui défend que la créature de Mary Shelley devrait elle aussi être nommée «Frankenstein».[/box]