Dans le cadre du Festival international de films Fantasia, qui a lieu du 13 juillet au 2 août à Montréal, quelques membres de l’équipe des Horizons imaginaires vous proposent de courtes chroniques des films qu’ils sont allés voir : toutes les nuances de la science-fiction, du fantastique, de l’horreur et de bien d’autres genres s’y retrouvent !

 

Surtout, n’hésitez pas à nous faire savoir ce que vous avez pensé des films que vous êtes allés voir durant le festival ! Et restez des nôtres pour d’autres chroniques en lien avec le Festival international de films Fantasia dans les jours qui viennent !

 

Crédit photo : David Lowery

 

A Ghost Story, de David Lowery. États-Unis, 2017, 87 min.

 

Par Sabina Roman

 

J’étais enthousiaste à l’idée de voir A Ghost Story, du réalisateur David Lowery. J’avais beaucoup aimé son film Ain’t Them Bodies Saint, avec le couple joué par Rooney Mara et Casey Affleck, et j’avais hâte de voir ce que ce trio allait produire ensemble une nouvelle fois à l’écran. Comme le directeur l’a lui-même mentionné lors d’une discussion après la projection, il traite, dans A Ghost Story, de la nostalgie et de la mélancolie, des thèmes qui, je trouve, sont brillamment exploités à l’écran dans ce film, tant d’un point de vue narratif que visuel. Le rapport à l’autre dans une relation intime, et la perte de ce partenaire essentiel sont donc les bases de l’histoire. Celle-ci est centrée sur un couple, dont l’homme, après sa mort, devient un fantôme qui reste dans la maison où sa femme continue de vivre. Il porte un drap qui le recouvre et le cache, il bouge peu, mais il dégage une forte présence pleine d’émotions. Il est à la fois loin et proche, et c’est ce que la femme semble ressentir aussi : cette présence qui est aussi une absence. On assiste, grâce à des retours en arrière à différents moments durant le film, à des souvenirs du couple qui reviennent toujours à l’esprit de la femme qui vit dans la maison. Les séquences sont longues, et le film passe lentement, sans que cela ne soit problématique. Il prend le temps de montrer les personnages tels qu’ils sont avec leurs silences et leurs émotions, de façon subtile, dans l’intimité. La musique ajoute énormément à cette ambiance ; une chanson principale a en fait été choisie au moment de la scénarisation du film, et l’ensemble de la trame sonore est relié de très près à celle-ci. Bref, j’ai apprécié ce film qui traite en douceur, avec sentiments, d’une relation très intime, qui change à cause de la mort d’un des deux partenaires.

 

Crédit photo : Patrick Demers

 

Origami, de Patrick Demers. Canada, 2017, 95 min.

 

Par Mathieu Lauzon-Dicso

 

David est un artiste spécialisé en art japonais qui semble avoir reçu un don à la suite d’un drame familial. Il cherche ainsi à comprendre si ce pouvoir nébuleux, qui lui permettrait peut-être de voyager dans le temps, est bel et bien réel ou s’il s’agit plutôt d’une fabrication de son esprit troublé et malade. Avec l’intention de nous mettre dans la peau de ce jeune calligraphe, le réalisateur québécois Patrick Demers propose un film émouvant, entre lumière et pénombre, qui prend parfois les allures d’un récit dickien ; or, à cause de certains dialogues plaqués et d’une tendance à un peu trop pousser les tropes habituels de la maladie mentale, on se retrouve rapidement à être en train d’observer à distance David, à l’étudier cliniquement, plutôt que de ressentir son incompréhension. Origami demeure toutefois un très bon film, à la structure narrative des plus intelligentes : celle-ci joue sur le passé, le présent et le futur, sur des versions ambigües de chacun, respectant ainsi le leitmotiv du « temps qui plie », lui-même présent aux bons moments dans des éléments du décor et des accessoires (les grues pliées, le sous-titre d’un livre, etc.). Les cadrages et les plans fixes, aux images bien calculées, ajoutent à l’ambiance intemporelle du film. François Arnaud s’en tire très bien dans le rôle du jeune père dont la vie a éclaté dans toutes les directions de la ligne du temps, et Normand D’Amour est touchant dans celui du père de David, spectateur impuissant qui ne peut plus comprendre ce qui arrive à son fils. Bref, Origami vaut tous les détours par lesquels son réalisateur nous fait passer, si on est prêts à s’engager dans un film qui s’éloigne des codes de la science-fiction purement divertissante.

 

Crédit photo : Norbert Keil

 

Replace, de Norbert Keil. Allemagne-Canada, 2017, 101 min.

 

Par Adrien Kamran

 

Dans le plus récent film d’horreur psychologique de Norbert Keil, Kira Mabon, jouée par l’excellente Rebecca Forsythe, souffre d’une maladie dégénérative qui menace de couvrir tout son corps d’une peau morte et écaillée. Comme les rendez-vous chez son médecin (Barbara Crampton) ne lui fournissent pas de remède, Kira comprend qu’elle ne doit s’arrêter à rien pour tenter d’éviter l’inévitable… Replace est donc l’histoire terrifiante d’une femme qui est prête à tout pour sauvegarder son apparence physique. Le film excelle donc dans sa présentation de l’horreur corporelle : une troublante attention aux détails renforce les scènes les plus révoltantes. Ceci étant dit, je crois que pour qu’un film d’horreur soit bon, on devrait y retrouver des éléments importants autres qu’une simple sensation de malaise, et c’est là où le film rate la cible. L’intrigue, qui part de l’amnésie de Kira et de son obsession à obtenir une nouvelle peau, finit par se transformer en un scénario aux personnages clichés et au rythme chancelant. Une romance forcée se développe entre Kira et sa voisine, qui laisse les spectateurs indifférents. La plus grande faiblesse du film réside cependant dans sa fin abrupte et insatisfaisante : malgré ses 101 minutes, Replace oublie finalement de développer ses personnages au-delà du dégoût épidermique… En somme, il s’agit d’un film par moments intéressant, mais qui ne va pas plus loin que l’éclat de ses effets spéciaux.

Author