Par Amal Deis

 

Comment expliquer la mort de trois étudiants dans une même semaine alors que l’année scolaire vient tout juste de commencer ? Mais surtout, comment faire de ces trois morts une histoire à en couper le souffle sans tomber dans le cliché ? Aussi impressionnant que cela puisse paraître, c’est ce que réussit à faire l’auteur Patrick Senécal dans son roman de fantastique horrifique Le Cas des casiers carnassiers, tome 1 de la quadrilogie Malphas. Paru en 2011 aux Éditions Alire, ce roman raconte l’histoire de Julien Sarkozy, prof de littérature française qui s’éloigne de tous les établissements d’enseignement du Québec pour une raison mystérieuse. Il déménage dans un coin perdu près de Drummondville, à Saint-Trailouin, afin d’y enseigner dans le seul collège qui, enfin, accepte de l’embaucher : le cégep de Malphas. Très vite, il comprend la raison de cet accueil : le cégep de Malphas s’avère être un collège pas comme les autres, un collège où tous les exclus de la société se retrouvent ; un collège où la mort passe presque inaperçue…

Crédit photo : Amal Deis

Les rebondissements ne manquent pas dans ce roman ! D’ailleurs, on assiste au premier crime du récit vers la fin du premier chapitre, ce qui confirme que l’action morbide est bien au rendez-vous ! Sans trop vous en dévoiler sur ce passage, disons qu’une étudiante découvre quelque chose de dégoulinant dans son casier, qui appartenait autrefois à son ex-petit ami… Le tout est rendu dans une atmosphère lourde, tendue, qui ne m’a jamais permis d’oublier les menaces qui planaient au-dessus des personnages. D’ailleurs, ceux-ci entrent dans le récit plutôt lentement, car l’auteur prend le temps de bien les présenter, pour qu’on puisse mieux les cerner malgré les premières impressions parfois trompeuses. De plus, on ne peut faire autrement que de douter de la culpabilité de chacun, puisque tous apparaissent la plupart du temps là où les crimes ont lieu, si ce n’est tout de suite après. C’est notamment le cas de Rachel, professeure d’arts et lettres à Malphas, qui n’apparaît qu’une fois la police présente sur les lieux, pour annoncer la fermeture du collège. C’est pourtant la prof la moins présente dans le récit, quoiqu’elle occupe beaucoup les pensées de Julien… L’ambiance troublante se marie donc bien aux personnalités tordues des personnages, le tout étant, à mon avis, minutieusement échafaudé par l’auteur. Cependant, malgré qu’elle est bien rendue, l’histoire souffre un peu de l’absence du point de vue d’autres personnages, car tout est centré sur celui de Julien. En effet, les actions ne sont perçues qu’à travers lui, et comme on n’en sait que très peu sur les motifs qui l’ont obligé à se contenter d’enseigner à Malphas, j’ai parfois ressenti une certaine frustration….  De plus, je n’ai pas particulièrement aimé le côté énigmatique du passé des personnages : on sait que chacun est marqué par un passé plutôt sombre, sans savoir exactement ce à quoi cela renvoie réellement. J’aurais aimé en découvrir davantage sur leurs secrets honteux ! Le récit en ressort donc un peu incomplet, ou à tout le moins, comme un tome d’exposition, qui n’a pas complètement satisfait ma curiosité : à la fin, je me posais plusieurs questions auxquelles j’aurais aimé avoir les réponses immédiatement, sans devoir les chercher dans le second tome. Également, le personnage principal n’est pas exactement l’homme le plus décent qu’on puisse rencontrer : il est plutôt grossier, il fait beaucoup de commentaires en lien avec la sexualité, ce qui, vers la fin, commençait à m’agacer un peu, même s’il s’agit d’un effet recherché par l’auteur.

Bref, malgré quelques détails qui m’ont parfois dérangée, Le Cas des casiers carnassiers m’a tout de même tenue en haleine, et, ce, en partie grâce au style de l’auteur, qui a une grande facilité à maintenir des ambiances oppressantes. On finit par se demander si l’école, qu’on considère normalement comme le haut lieu du savoir, répond toujours aux besoins de tous : elle semble perdre de son aura dans le cas du cégep de Malphas, pour le plus grand plaisir des lecteurs en manque d’humour noir et de sang !

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