Par Tiffany Qian

 

Afin de bien asseoir le tout premier dossier thématique de la revue des Horizons imaginaires, un dossier qui traite des liens entre les cultures de l’imaginaire et le monde étrange de l’école, nous avons interviewé neuf auteurs de science-fiction et de fantastique du Québec et de France, qui ont gracieusement accepté de répondre à nos questions. Évidemment, il ne s’agit pas de neuf choix aléatoires, puisque tous ces écrivains pratiquent le métier d’enseignant ou l’ont pratiqué pendant un certain moment ! Et ils ont beaucoup à nous dire de la position ambivalente qu’ils occupent…

 

Horizons imaginaires : Comment vous présenteriez-vous à nos lecteurs en tant qu’auteure et en tant qu’enseignante ? 

 

Jeanne-A. Debats : Déjà, je dirais que je suis autrice, non auteure, car le premier mot existait au XVIIe siècle, et je suis, en tant qu’enseignante, plus attirée par les reprises que par les néologismes (en particulier celui-ci qui ne s’entend pas à l’oral, comme toutes les féminisations en « E » des mots en « EUR » ). Sinon, j’écris et j’enseigne, car les deux vocations se parlent et se répondent. J’ai commencé par enseigner parce que j’aimais cela et à écrire par hasard. Je continue parce que j’aime écrire aussi maintenant.

Crédit photo : Tigger Lilly

Horizons imaginaires : D’après vous, laquelle de vos deux positions – auteure ou enseignante – est la plus pédagogique? Laquelle vous amène le plus à instruire ?

 

Jeanne-A. Debats : Enseignante, j’espère, car rien de plus ennuyeux et de plus prétentieux selon moi qu’un roman à visée didactique (sans compter le soupçon de malhonnêteté intellectuelle que je ne peux m’empêcher de ressentir pour ce genre d’ouvrage). Le point commun, certes, c’est la transmission, mais quand j’enseigne, je transmets le monde des idées, quand j’écris je transmets ce que je suis. Pour résumer : ce ne serait pas déontologique de transmettre ce que je suis à mes élèves et ce serait très chiant de transmettre le monde des idées à mes lecteurs.

 

Horizons imaginaires : Diriez-vous que les thèmes de l’école et du scolaire en général ont une présence marquante dans les littératures de l’imaginaire ?

 

Jeanne-A. Debats : Oui et non, l’initiation et le parcours initiatique sont très représentés, il existe toute une frange de « romans scolaires » (j’en ai moi-même écrit un), comme il existe toute une frange de romans « militaires ». En tant qu’aspect de la vie des gens, l’école conserve sa bonne place dans les littératures de l’imaginaire, qui est une pédagogie du réel comme disait Robert Heinlein, mais pas plus marquante que bien d’autres.

 

Horizons imaginaires : Comment votre expérience en tant qu’enseignante nourrit-elle votre expérience en tant qu’auteure ? Et vice-versa ? Y a-t-il un quelconque aspect surnaturel dans la profession d’enseignante ?

 

Jeanne-A. Debats : Je vois ce qui se passe dans mon dos : ça, c’est mon super-pouvoir (et aussi me faire passer pour Darth Vader). L’écriture me repose surtout de l’enseignement et vice-versa.

 

Horizons imaginaires : Lequel de vos livres auriez-vous aimé lire à notre âge (16-20 ans) ?

 

Jeanne-A. Debats : Aucun. Je préfèrerai toujours lire ceux des autres. La lectrice compulsive en moi a peu de choses à dire à la romancière : elle sait déjà tout ce qu’elle va raconter.

 


 

[box]Tiffany est une jeune femme enthousiaste et créative, actuellement en deuxième année au Collège Marianopolis. Comme toute bonne étudiante, son temps se divise avec soin selon le trio sacré : regarder des films et des séries sur Netflix, étudier et flâner sur Facebook/Snapchat/Instagram. Afin de combler son amour pour les chiens, elle espère, un jour, avoir un compagnon à quatre pattes qu’elle nommerait Scully. Même si elle a fait le choix d’étudier en sciences, les arts restent sa passion. Si elle n’est pas en train d’étudier ou (plus sûrement) en train de gaspiller son temps sur divers réseaux sociaux, elle dévore tous les livres qu’elle trouve et est toujours en quête de sa prochaine victime.[/box]