Par Tiffany Qian

 

Afin de bien asseoir le tout premier dossier thématique de la revue des Horizons imaginaires, un dossier qui traite des liens entre les cultures de l’imaginaire et le monde étrange de l’école, nous avons interviewé neuf auteurs de science-fiction et de fantastique du Québec et de France, qui ont gracieusement accepté de répondre à nos questions. Évidemment, il ne s’agit pas de neuf choix aléatoires, puisque tous ces écrivains pratiquent le métier d’enseignant ou l’ont pratiqué pendant un certain moment ! Et ils ont beaucoup à nous dire de la position ambivalente qu’ils occupent…

 

Horizons imaginaires : Comment vous présenteriez-vous à nos lecteurs en tant qu’auteure et en tant qu’enseignante ?

 

Héloïse Côté : Je me présenterais comme une auteure et une enseignante dont le double rôle la place dans une situation paradoxale : d’un côté, j’écris des romans de fantasy, donc qui s’inscrivent dans les genres de l’imaginaire, qui supposent la création d’univers, un travail avec de la magie, des créatures inventées. De l’autre, j’enseigne à l’université la partie la plus terre à terre de l’écriture : la grammaire, la syntaxe, le vocabulaire, la rédaction de textes informatifs, de résumés, de textes argumentatifs… Quand je parle à mes étudiants des romans que j’écris, certains sont plutôt surpris !

Crédit photo : Kathleen Bédard

Horizons imaginaires : D’après vous, laquelle de vos deux positions – auteure ou enseignante – est la plus pédagogique ? Laquelle vous amène le plus à instruire ?

 

Héloïse Côté : C’est assurément mon rôle d’enseignante, puisque l’enseignement est explicite et donné dans un contexte de classe : je prépare des cours, j’évalue des apprentissages, je réponds à des questions de mes étudiants, je les aide à acquérir de nouvelles connaissances, à développer des compétences sur des objets de savoirs précis, j’organise mes contenus pour pousser mon groupe à réfléchir à des thèmes précis. En tant qu’auteure, mon but premier est de divertir. Après tout, je n’écris pas des romans à thèse ou des manuels scolaires ! Néanmoins, si j’amène mes lecteurs à réfléchir à certains thèmes que j’aborde à travers mes romans, tant mieux !

 

Horizons imaginaires : Diriez-vous que les thèmes de l’école et du scolaire en général ont une présence marquante dans les littératures de l’imaginaire?

 

Héloïse Côté : Cela dépend du public visé. Si je pense à la saga Harry Potter ou à la trilogie À la croisée des mondes, de Philip Pullman, donc des romans destinés à un public jeunesse, oui, l’école est très présente. On met en scène de jeunes héros, ils sont souvent inscrits dans un processus d’instruction quelconque. Pour le public adulte, l’école est souvent moins présente, mais la construction typique du roman de formation (le héros, un apprenant, découvre de nouvelles connaissances sous la tutelle d’un vieux sage qui le guide) est récurrente.

 

Horizons imaginaires : Comment votre expérience en tant qu’enseignante nourrit-elle votre expérience en tant qu’auteure ? Et vice-versa ? Y a-t-il un quelconque aspect surnaturel dans la profession d’enseignante ?

 

Héloïse Côté : Le contact que me procure le fait d’enseigner à l’université avec des gens diversifiés, de tous les âges et d’origines variées, me fournit assurément de nouvelles idées pour construire des personnages qui sont différents de moi. Quant à mon côté auteure, étant donné que j’enseigne la rédaction à l’université, il m’amène à parler de manière très précise, avec exemples à l’appui, de la planification adéquate d’un projet d’écriture, de la réécriture, de la façon de finaliser un texte, de l’écriture à un niveau professionnel. Quant à l’aspect surnaturel, je doute fortement qu’il y en ait un. Cependant, l’imagination que j’ai développée en tant qu’auteure m’aide beaucoup à concevoir différentes activités pour mes étudiants et à varier ma façon d’enseigner.

 

Horizons imaginaires : Lequel de vos livres auriez-vous aimé lire à notre âge (16-20 ans) ?

 

Héloïse Côté : La tueuse de dragons, sans hésiter. L’intrigue est divertissante, il met en scène une femme forte, le type de personnage que je recherchais quand je lisais de la fantasy à cet âge, il y a un peu d’amour, beaucoup d’aventures, un volet enquête teinté de complots politiques… et des dragons ! Que demander de mieux ?

Illustration : Gregory Fromenteau

 


 

[box]Tiffany est une jeune femme enthousiaste et créative, actuellement en deuxième année au Collège Marianopolis. Comme toute bonne étudiante, son temps se divise avec soin selon le trio sacré : regarder des films et des séries sur Netflix, étudier et flâner sur Facebook/Snapchat/Instagram. Afin de combler son amour pour les chiens, elle espère, un jour, avoir un compagnon à quatre pattes qu’elle nommerait Scully. Même si elle a fait le choix d’étudier en sciences, les arts restent sa passion. Si elle n’est pas en train d’étudier ou (plus sûrement) en train de gaspiller son temps sur divers réseaux sociaux, elle dévore tous les livres qu’elle trouve et est toujours en quête de sa prochaine victime.[/box]